NICARAGUA 2004
23 février (photos seulement)
9 février 2004 ( solamente 6 dias!!!)
Ouh lala! Demain, je pourrai compter sur une main les jours qui nous séparent du stage. C’est fou le trajet que nous avons parcouru jusqu’à maintenant…Je me revois, il y a presque un an, attendant LE téléphone qui devait m’annoncer si j’étais choisie ou non…J’étais loin de me douter de l’envergure qu’aurait ce projet…et de son impact sur ma vie aussi. Le pire, c’est que je ne suis même pas revenue du Nic encore!
Les sentiments qui m’habitent sont plutôt étranges : de la fébrilité à l’anxiété, tout y passe! Et maintenant que le 15 février approche de plus en plus, je ne peux m’empêcher de faire le bilan et de m’autotester… Est-ce que j’ai tout ce qu’il me faut? Mon espagnol « très rudimentaire » me permettra-t-il de communiquer comme je le voudrais avec ces gens qui auront tant à m’apprendre? Et surtout… Est-ce que je suis prête à plonger dans un monde totalement inconnu? Plus j’y pense, plus mon envie de partir s’intensifie… et peu importe ce qui arrivera, je veux vivre ce stage à fond et m’efforcer de rester attentive à chaque geste, chaque regard et chaque témoignage rencontrés en cours de route…
Oui, à bien y penser, je suis prête!
Odile Bilodeau-Savoie
Bonjour à tous nos lecteurs et lectrices,
Tout d’abord, lorsque l’on m’a demandé de mettre sur papier mes sentiments, mes états d’âme, mes impressions d’avant le stage au Nicaragua, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion. Par la suite, je me suis longuement posé la question suivante : « Comment vais-je bien faire pour décrire comment je me sens à quelques jours du décollage alors que je l’ignore moi-même. »
En fait, ce que j’essaie de dire maladroitement, c’est que durant ces derniers jours, je suis passé par une foule de sentiments indescriptibles. Parfois j’ai hâte, parfois j’ai peur, parfois j’ai terriblement hâte et parfois j’ai terriblement…bon, je vous épargne la suite. Je réalise difficilement qu’après tous les camps de formation, toutes les campagnes de financement et, surtout, tous les cours d’Espagnol, nous en sommes maintenant au fameux voyage. Enfin, la seule chose que je peux décrire avec certitude, c’est que je suis extrêmement heureuse d’avoir appliqué, il y a de cela presque un an déjà. Je dois avouer, de plus, que je me sens très en sécurité de partir pour l’Amérique latine grâce au soutien et à l’expérience de nos deux charmants accompagnateurs : Daniel et François.
Finalement, je suis persuadée que ce stage me sera mémorable et je meurs d’impatience de connaître ce peuple que l’on dit énormément sympathique, sociable et courageux. Voilà donc comment je me sens avant le départ et peut-être aurais-je la chance de vous retransmettre mes impressions, mais cette fois-ci, à mon retour.
Joëlle Provencher
18 février 2004
Bonjour tout le monde!
Nous imaginons que vous attendiez ce message avec beaucoup d'impatience!!!
Nous voici enfin, avec un message écrit du café Internet du centre
communautaire qui fonctionne très bien, avec des heures d'ouverture de 8h à
22h, 7 jours par semaine. Au moment où j'écris ces lignes, il est 21h10 et 6
postes sur 9 sont occupés!
Bon, allons-y dans l'ordre chronologique.
D'abord la journée du voyage.
Ouf! Disons que ça a été plutôt long. Beaucoup de jeunes avaient hâte de vivre leur baptême de l'air... 22 heures après leur départ de Jean-Nicolet, ils étaient tous très heureux de sortir enfin du troisième avion de la journée. Tout s'est très bien déroulé, aucun bagage ne s'est égaré... malgré les efforts de Joanie!!! Étant donné que le premier avion que nous avons pris était plutôt petit (trois sièges de large..) les bagages à main n'entraient pas tous sous les sièges.
Il fallait alors les laisser à l'avant de l'avion, et leurs propriétaires devaient les récupérer en sortant de l'avion, à Newark. Les sacs étaient disposés dans un chariot QUI NOUS SAUTAIT AU VISAGE en débarquant de l'avion. François, le dernier de notre groupe à passer, remarque qu'il reste un sac bleu du style de ceux que nous avons. Rejoignant le groupe, il demande: tout le monde a son sac? Joanie n'avait pas le sien.... C'est d'ailleurs cette même Joanie qui disait pendant que nous attendions de passer les douanes à DORVAL: "Il me semble que j'ai déjà plein de choses à conter..." On n'a pas fini... Parlant de Dorval, Audrey a vite commencé la journée en nous servant ses questions existentielles. Bien sérieuse, elle m'a demandé: "Daniel, de quelle couleur est le corridor qui nous mène à l'avion?" Moi qui ai de la misère à me souvenir de la couleur des murs de ma chambre...
Toujours dans les anecdotes d'avion, il y a Catherine qui était ravie en voyant les écouteurs déposés sur son siège, de voir que la compagnie aérienne fournissait quelque chose pour empêcher le mal d'oreilles... Et Tania qui a cédé à la panique en constatant qu'elle avait perdu son passeport, avant de s'apercevoir qu'il s'était glissé entre son siège et celui de sa voisine...
Nous avons eu droit à une heure supplémentaire d'attente dans le dernier avion qui nous amenait de Houston à Managua. La première raison que François a compris, était qu'on ne réussissait pas à démarrer un des deux réacteurs à cause d'une pièce défectueuse, mais que si on le démarrait "manuellement" (ça veut dire quoi????), il n'y aurait plus de problèmes. Il s'agissait juste qu'il ne s'arrête pas en cours de route!!!
Et Marie-Pierre qui a du nous dire au moins 27 fois dans cette heure d'attente: "J'ai un mauvais feeling..."
Bon, ils ont finalement changé la pièce et nous sommes arrivés sains et saufs. Santiago, Marvin, don Secundo et deux nouveaux jeunes accompagnateurs, Jose et... j'oublie son nom, ça devait être Marvin, me semble que tout le monde s'appelle Marvin ces jours-ci... nous attendaient. Super qu'on ait eu droit à des bagages de 32 kilos cette année, plutôt que 20 kilos... sauf quand vient le temps de les grimper sur le toit de l'autobus. Il faisait déjà chaud avant qu'on commence à forcer!!!
En passant, amis et parents, vos messages ont été très touchants.
Dès le départ de l'aéroport, les premiers constats sur la vie au Nicaragua débutent: la prostitution est de plus en plus présente, à plusieurs coins de rue, des filles visiblement chaudes ou droguées offrent leurs services.
Et dès les premiers contacts à Nandaime, on constate que la vie est de plus en plus difficile. Augmentation du prix de l'eau, de l'électricité, de l'essence, de tout. A tel point qu'au moment ou nous rencontrons Marvin et quelques femmes pour nous préparer à aller dans les familles, on nous dit qu'il serait bien de faire attention à ne pas laisser les lumières ouvertes trop longtemps, à ne pas trop faire durer les douches, et que la nourriture ne sera pas beaucoup variée. Pour que les gens qui nous accueillent se résignent à nous demander cela, c'est que ça ne va pas très bien. On sent une lourdeur dans la vie des gens qui me semble plus frappante que les autres années, une lourdeur que nous n'avons pas l'habitude de croiser si vite.
On dit tellement souvent que sur la planète, les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. Ici, je vous jure, ce ne sont pas que des paroles...
Première journée au Nicaragua: visite des collectifs (bibliothèque, café Internet, radio, clinique, boulangerie, hamacs, garderie).
Après le dîner, une sieste bien méritée, suivie d'une petite surprise: c'est déjà le premier souper dans les familles!!! Stress garanti!!! Et si le premier contact, fatigue et nervosité aidant, n'a pas connu le même succès pour tout le monde (en fait, c'est toujours comme ça), ce soir, lors du déménagement (la procession de valises dans les rues de terre de Nandaime a toujours quelque chose de... terriblement drôle pour les méchants accompagnateurs qui sont bien trop occupés à rire et à prendre des photos pour aider les jeunes à transporter leurs poids lourds!!! Non, mais qu'est-ce qu'ils mettent la-dedans???), tout le monde était très souriant.
François et moi avons fait la tournée des familles et tout va sur des roulettes, il y avait même à 18h une partie de soccer nica-québécois dans le parc à côté de la casa blanca qui est maintenant verte.
Donc c'est un record pour nous, en moins de 48h, les jeunes sont rendus dans leur famille d'accueil.
Et nous avons LA PAIX!!!
Avant ce déménagement, nous sommes allés à la ferme à pied, une charmante marche de 5 km aller-retour. La ferme est toujours dans un état d'abandon, mais un projet regroupant 1,000 campesinos est en train de se mettre sur pied et donne beaucoup d'espoir dans toute la région.
Demain, c'est le travail à la boulangerie (les Nandaimeens auront des pains aux formes étranges), aux hamacs et à la garderie (peinture), suivi d'une conférence sur la situation des femmes. À suivre.
En terminant, je vous laisse deviner quels sont les trois jeunes du groupe qui ont oublié qu'il ne faut pas jeter son papier dans les toilettes ici. Bravo à eux, ils ont tous les trois eu le courage d'aller chercher le papier indésirable avec leurs mains...
Ah oui, et qui a oublié son dictionnaire à Nicolet, pensez-vous? Et s'est acheté un dictionnaire anglais-espagnol à Houston???
En passant, fait-il froid à Nicolet?
Gros bisous à tout le monde!
Daniel et François.
Bonjour à toutes et à tous!
Nous revoici, avec les réponses à nos deux énigmes du dernier message:
allez voir les photos!
On peut maintenant dire que la vie dans les familles a maintenant pris son envol, le stress et la gêne du début sont maintenant choses du passé. De
plus, je crois que c'est la première fois que les jeunes sont dans des familles aussi proches les unes des autres, toutes dans le coin de la casa
blanca (la maison de Santiago): Audrey et Catherine sont chez Nora Cruz (elles ont eu une belle jase dès le premier soir), Gabrielle et Joanie sont
chez Candelaria Vanega (même si Joanie a défoncé son lit le premier soir,
ça ne les a pas trop fâché, elles ont mangé de l'iguane hier soir, les chanceuses), Marie-Anne et Marie-Pierre sont chez Marta Cruz (elles ont eu
un plaisir fou à regarder les étoiles avec les enfants hier soir), Tania et Lysanne sont chez Antonia (là où il passe beaucoup de monde et où nous
avons eu la célébration avec Santiago l'an passé... elle a un si beau sourire
cette Antonia), Joelle et Odile sont chez Elba Cruz (Odile passe d'ailleurs son temps à poursuivre les bibittes avec sa lampe de poche), Véronique et
Christina sont chez Filomena (une spéciale, Santiago nous a confié qu'elle
montait des taureaux quand elle avait 16 ans), Marilou et Maxime - oui, oui,
ils sont ensemble, changement d'horaire dû à une maison trop éloignée au
départ, on a déjà vécu ça - sont chez Lydia Cruz (disons qu'on envahit la
famille Cruz; Marilou a raconté à sa famille qu'elle avait vu au centre un
Aleman (ancien président du pays et aussi le nom d'un des cochons de Julio)
plutôt qu'un alacran (scorpion)), et Christophe est chez Maria Auxiliadera
Cordero (il a découvert qu'il n'aime pas trop les tortillas, mais ça a été
un peu long avant que la mère de sa famille comprenne...). Ça fait toute une
phrase, ça!!!
Donc toutes ces familles sont vraiment dans le même coin, hier soir, les uns
les autres se visitaient et se présentaient leurs familles mutuelles, ça a
même dansé chez Christophe.
Hier, nous sommes allés travailler dans les collectifs. Comme nous sommes au Nicaragua, il fallait bien que quelque chose ne fonctionne pas. Alors nous
n'avons pas pu aller peinturer à la garderie, parce que la fille qui a la clef de la garderie était partie à l'école sans laisser la clef à
quelqu'un
d'autre. On s'est donc distribués entre la boulangerie (Maxime, Tania, Christina et Gabrielle à partir de 7h00, Catherine s'est ajoutée par la
suite) et les hamacs (tous les autres). Le premier travail consistait à faire des bobines de fil. On s'est vite trouvé des spécialités: Audrey et
Christophe, mêler la corde, et François et Daniel, démêler la corde...
Désolé pour ceux qui auront des manques dans leur hamac, tous les jeunes ont
tissé une partie d'un des hamacs qu'ils veulent acheter...
Puis après le dîner, nous avons eu une conférence sur la situation des
femmes, toujours à la maison des hamacs. Je dirais que c'est à partir de la
que le stage a commence à prendre de la profondeur. Il faut dire que quand
une des femmes nous regarde dans les yeux en nous disant que ce qui la fait
le plus souffrir, c'est lorsqu'un de ses enfants lui dit qu'il a faim et
qu'elle doit lui répondre qu'il n'y a rien à manger dans la maison... Bien
sur, nous avons vu tellement d'images à la télé, nous avons lu tellement
d'articles en première page (ou en page C-12, dans les faits divers...)
parlant de famine. Pouvez-vous croire que ce n'est pas la même chose quand
la personne qui vit la situation est devant vous?
Nous avons ensuite continué avec un entretien avec Santiago, pour réfléchir
davantage sur les difficultés que vivent les familles du quartier où nous vivons. Tous ceux qui ont déjà entendu Santiago connaissent sa capacité de
nous faire réfléchir, de nous remettre en question. Ce fut un très beau
moment, et chacun est reparti dans sa famille avec un regard très différent.
Je dirais qu'à partir de ce moment, on a arrêté de se regarder le nombril (j'ai chaud, je dors mal, j'ai de la difficulté avec la nourriture, je suis
constipée - oui, oui!) pour tourner notre regard sur la vie de celles et ceux qui nous accueillent. C'est ce pourquoi nous sommes ici, après tout.
Parlant de regard, je vous propose celui de Maxime sur ses premières journées au Nicaragua:
"Audrey ayant lavé mon linge (j'ai vérifié et c'est vrai... je lui ai proposé de laver aussi le mien, elle a refusé mais aussitôt Véronique
s'est offerte pour le faire... une digne disciple de Sylvie!), je peux maintenant
prendre le temps de vous écrire ces quelques phrases exprimant ce que je
ressens après... 3 jours et quelques heures . Comme quelques-uns d'entre
vous m'ont dit, c'est un peuple qui a énormément à nous apprendre. Tant par
leur force que par l'espoir qui les pousse, jour après jour, à nous sourire et à nous accueillir et nous donner tout ce qu'ils peuvent, et je ne parle
pas ici seulement de biens matériels, bien au contraire, mais surtout d'amitié, d'attention...
L'espagnol est beaucoup plus important que ce que l'on croyait, et plus de pratique n'aurait fait aucun tort, croyez-moi! Par contre, les discussions
que j'ai eu la chance d'avoir dans la maison de Lydia sont dans les plus enrichissantes que quelqu'un pourrait même rêver d'avoir. Je ne peux
qu'admirer ces femmes et ces quelques hommes qui luttent chaque minute dans ce climat que peu de nous seraient capables d'endurer toute la vie, en
espérant seulement que nous ne les oublions pas à notre retour."
Ce matin, nous sommes allés visiter un champ de canne à sucre. Je laisse Odile vous livrer ses impressions..
"Lorsqu'on dit gagner sa vie, on entend souvent par là "exercer une
profession qui nous permettra de vivre décemment", c'est-à-dire posséder
une automobile, un logement qui est muni de l'électricité et d'eau courante, et
parfois même avoir le loisir de prendre des vacances bien méritées, afin de
se reposer de notre travail si fatiguant...
Aucun des travailleurs que j'ai rencontré aujourd'hui n'avait ces préoccupations. Leur motivation première est un souci que peu de gens
d'Amérique du Nord ont: amasser quelques cordobas pour manger et assurer les besoins de leur famille. Le soleil qui plombe, la suffocation due à la fumée
et la faim à longueur de journée rongent chaque jour un peu plus le quotidien de ces hommes. bien que les champs soient préalablement brûlés
afin de faire fuir les "bestioles nuisibles", on y retrouve tout de même
des scorpions et des serpents à sonnette. Les conditions de travail sont
intolérables et compte tenu de l'effort physique requis, il serait bon de se demander si le prix auquel nous payons notre sucre n'est pas en partie
responsable de l'exploitation des travailleurs. Car, ici, ce n'est pas la vie, mais la survie."
Dix heures par jour, douze parfois, de travail à la machette. Tous y laissent leur santé, quelques-uns leur vie...
Samedi et dimanche nous partons pour La Calera.
Problème électrique, j'envoie cela.
Nous revoici sur votre écran,
alors que nous venons de terminer la première moitié de notre stage.
Désolé si le message précédent était étrange au niveau de l'introduction
et surtout de la conclusion, j'ai du envoyer mon message en vitesse alors que ça
commençait à sentir dangereusement le brûle autour de mon ordinateur dans
le café internet.
Alors je complète le dernier message avant de vous parler de notre séjour à
La Calera.
En passant, j'espère que vous avez su identifier les mains en réponse à
notre dernier quizz...
Après avoir été visiter la plantation de canne à sucre, nous avons dans l'après-midi
visionne un vidéo sur la victoire sandiniste de juillet 1979. Celles et ceux
qui l'ont déjà vu se disent peut-être "Pauvres eux!"...
Mais non, visionne en plusieurs
parties, avec plusieurs petits échanges avec Marvin Ruiz qui a vécu cette époque
et vraiment plusieurs questions de la part des jeunes, ce fut un moment très intéressant.
Particulièrement de constater que cette révolution a été faite par des
forces dans lesquelles plusieurs combattants étaient des gars et des filles
du même âge que ceux et celles de notre groupe. Visionner ce document était
aussi une bonne préparation pour aller à la rencontre des familles de La
Calera, qui ont toutes participé activement au processus révolutionnaire
dans le nord du pays.
Nous sommes ensuite allés nous amuser avec les enfants du quartier ou les
jeunes habitent. C'est toujours étonnant de voir comment le parc se remplit
d'enfants dès que des "chelle" (appellation des blancs ici)
arrivent avec des ballons. Le parachute a fait fureur, ainsi que la danse du
fada animée
de main de maître par Gabrielle. Après s'être essoufflés pendant une bonne
heure, c'est la magie des crayons à maquillage qui calme les enfants.
Personne n'a réussit à se faire autant maquiller que Karine Allard
(Nicaragua 2002), mais les enfants du barrio ont autant de plaisir à nous
maquiller qu'à se faire maquiller. Après cette séance de jeux (lire: une
heure et demie pendant laquelle les enfants peuvent oublier les multiples problèmes
de leur quotidien, particulièrement la faim), retour dans les familles
d'accueil pour se reposer et préparer les bagages pour notre séjour à La
Calera.
Samedi matin, nous partons donc pour cette destination toujours très
attendus, car les jeunes savent de par les témoignages toujours unanimes des
groupes qui les ont précèdés que l'accueil y est extraordinaire et les gens
vraiment très sympathiques. Je laisse d'abord Catherine vous parler de ce
qu'elle y a vécu.
"Après deux heures et demie de marche et de réflexion, nous voila enfin
à La Calera où nous passerons la nuit. Sur les lieux, que de familles
chaleureuses qui étaient disposées à nous recevoir! Moi, Odile et Tania étions
dans la famille de Francesca, une famille qui nous a tant appris en
malheureusement si peu de temps. Nous avons fait quelques tâches typiquement
nicaraguayennes où nous avons réellement pu prendre conscience de la difficulté
quotidienne de ces gens travaillants et si exemplaires. C'est à la suite
d'une profonde et touchante discussion avec les parents que nous avons passé
une nuit courte et mouvementée dans les hamacs, à la belle
étoile (anecdotes disponibles au retour...).
Dimanche avant-midi, nous avons eu un échange sur le mode de vie des gens de
La Calera avec Julio (tous ceux qui l'ont rencontré sont jaloux en lisant ces
lignes...), un temps d'évaluation de groupe et une courte baignade (ici, tout
le monde est jaloux). Après le dîner, nous avons eu un autre échange avec Ismaël
cette fois, sur l'histoire de ces gens, une histoire hors de l'ordinaire. Pour
ma part, ce fut par des adieux remplis d'émotions et par des regards remplis
d'espérance que prit fin mon séjour à cet endroit si admirable pour la
force et le courage de ses habitants. Décidément, c'est
par toute une gamme d'émotions que je suis passée."
Joelle, Joanie et Maxime étaient chez Maria-Eleonor, la fille d'Ismaël.
Gabrielle, Marilou et Audrey étaient chez Ismaël. Christophe, Marie-Pierre
et Jose (un de nos guides) étaient chez Maria, la mère d'Ismaël et
d'Antonio. Christina, Véronique, Lysanne et Marie-Anne étaient chez Julio,
le frère de Maria et donc l'oncle d'Ismaël. Finalement, François, Elvin
(notre autre guide, pas le même Elvin que l'an passé) et moi-même étions
chez Antonio, le frère d'Ismaël, donc aussi le fils de Maria et du même
coup le neveu de Julio, ce qui en fait le beau-frère de Zacharia puisque
celui-ci
est le mari de Francesca, qui est la sœur de ce même Antonio... Ca va?
Bref, La Calera, c'est une grande famille et une petite coopérative à la
fois, constituée de six maisons que nous avons habitées pendant un peu plus
de 24h... parce que bien sur le bus qui devait venir nous chercher à 2h est
arrivé à 4h!!!! Donc à La Calera, en peu de temps on connaît presque tout
le monde et on se sent à l'aise dans toutes les maisons. Mais la chaleur et
le sourire des gens qui y habitent ne doivent pas nous empêcher de voir leur réalité.
Je vous parle à mon tour de mon coup de cœur jusqu'à maintenant, qui est
aussi celui de François.
Qu'avez-vous fait ce matin avant de déjeuner? Prenez le temps de vraiment répondre
à cette question avant de lire les lignes qui suivent... C'est fait? Je vais
vous parler de ce que Alba, la plus vieille fille d'Antonio (17 ans) a fait,
elle, ce matin. Elle s'est levée à 5 heures, comme d'habitude. Elle a
commencé par allumer le feu de bois pour faire cuire le riz et les frijoles.
Ce feu qui dégage une
fumée bleue qui brûle les yeux et que toutes les femmes des campagnes latino-américaines
respirent quelques heures par jour et qui va donner des maladies pulmonaires
à plusieurs d'entre elles.
Ensuite, elle a pris une chaudière de 20 a 25 litres pour aller la remplir
d'eau. Comme j'étais réveillé, je lui ai offert de prendre aussi une chaudière
et d'aller avec elle. Nous sommes allés ensemble à la rivière pour remplir
nos deux chaudières d'eau non potable. Et quand je dis remplir... elle avait
un petit bol à soupe en plastique pour finir de remplir les chaudières
jusqu'a raz-bord. Une fois les chaudières pleines, il s'agit SIMPLEMENT de se
la mettre sur la tête pour la transporter. 20 à 25 litres, ça fait 20 à 25
kilos. Sur la tête, avec les marques en relief dans le plastique de la chaudière
qui nous rentrent dans le cuir chevelu, c'est pas tellement confortable. Je ne
sais pas encore comment elle fait pour ne pas en renverser. Dans mon cas, la
douche venait de commencer. Vous comprenez bien que comme nous sommes
DESCENDUS à la rivière, il s'agissait ensuite de
REMONTER vers la maison. Elle n'a fait aucune pause, sauf pour rire de moi à
l'occasion, toujours sans renverser d'eau. Je m'étais juré que je n'arrêterais
pas si elle ne le faisait pas. Je n'en ai pas été capable...
Quand je lui ai demandé ou elle prenait sa force, elle m'a répondu avec un
magnifique sourire que les hommes se savent pas travailler avec leur tête...
Enfin arrivés chez elle, j'ai vu à quoi servirait cette eau. Elle a balayé
la terre battue face à la maison, qui est constamment recouverte de
poussière que le vent soulève, et faisait une boue avec l'eau et cette poussière,
pour faire en sorte qu'elle sèche en croûte et ainsi n'entre pas dans la
maison. Les deux chaudières y ont passées. Quand elle a eu fini, ce fut le
temps d'aller chercher de l'eau potable cette fois, à une source un
peu plus proche de la maison... sauf que pour l'atteindre, il faut passer par
un chemin passablement escarpé. Cette fois, François s'est porté volontaire
pour l'aider. Elle est ensuite retournée chercher de l'eau non potable à la rivière.
Ensuite, pendant que NOUS déjeunions, elle est allée se
laver à la rivière, et en a profité pour laver un peu de linge. J'imagine
qu'elle a du manger un peu quelque part entre 9h et 11h, donc 4h à 6h après
avoir commencé à travailler. Et elle n'a pas arrêter de travailler de la journée...
Son regard est un mélange de douceur, de détermination, de
courage... Elle étudie en chimie, n'a pas d'amoureux en ce moment, les gars
ne sont pas assez sérieux dit-elle. Les femmes portent le Nicaragua sur leur tête,
c'est grâce à elles que la vie continue. Alba, je te le jure, je ne
t'oublierai jamais.
Et jamais non plus les 15 jeunes de notre groupe n'oublieront leur séjour à
La Calera, entre autres les trois qui, en explorant la rivière à la nage
comme nous le faisons chaque année, se sont risqués sous un arbre dans
lequel plusieurs singes nous observaient... et ont décidé de se laisser
aller à leurs besoins naturels. C'est le quizz du jour: quels sont les trois
du groupe qui ont eu droit à un shampooing à la pisse de singe?
Demain, nous allons travailler à la ferme du centre (la finca), ou Julio de
La Calera travaille maintenant. Nous aurons également une conférence je
crois, ou un cours de danse, désolé, je n'ai pas l'horaire avec moi. Nous
allons à Pikin Guerrero une seule journée, donc sans dodo, je pense
mercredi. Managua sera vendredi.
Bon, c'est l'heure du dodo. Prenez bien soin de vous, on vous aime fort, mais
on fait tout ce qu'on peut pour garder notre cœur et notre tête au
Nicaragua.
On devrait vous revenir dans deux jours.
Daniel
| Photo de groupe en chemin pour La Calera | Travail à la ferme. (Daniel donnera le texte de ces photos demain) | Travail à la ferme. (Daniel donnera le texte de ces photos demain) | Travail à la ferme. (Daniel donnera le texte de ces photos demain) |
| Une pensée pour les gens qui sont au Québec en ce moment.. | Conférence de Julio de La Calera | Variété que l'on retrouve seulement au Nicaragua : le cochon léopard | Photos de Daniel et moi avec notre famille à La Calera |
Nous voici maintenant arrivés aux 2/3 du stage. Le
temps passe terriblement vite, les journées sont à la fois bien équilibrées
et bien remplies, on n'a pas besoin de se faire chanter de berceuse pour
dormir!!! D'autant plus que les coqs, les chiens, les cochons, les perroquets même
dans une maison,
s'occupent d'agrémenter les nuits de quelques réveils pour celles et ceux qui
ont le sommeil plus fragile...
Je vous parle d'abord de la journée d'hier. En avant-midi, nous sommes allés
à la ferme du centre communautaire. J'ai demandé cette fois à Joëlle de vous
raconter son expérience :
"Aujourd'hui nous sommes allés à la finca (ferme) de nouveau, mais cette
fois-ci pour travailler. L'objectif était de préparer la terre pour y semer
des oignons. Travail très difficile étant donné que, par manque d'eau, la
terre est vraiment desséchée. Nous avons marché pour nous y rendre (moyen de
transport très commun au Nicaragua) et je dois avouer que nous étions épuisés
en arrivant à destination. Ensuite, avec Domingo, Julio et Freddy comme
professeurs, nous avons commencé à piocher la terre afin de la rendre plus
meuble. Je me suis arrêtée quelques instants pour regarder autour de moi, mais
surtout parce que je n'en pouvais plus :))) et j'ai constaté à quel point les
Nicaraguayens sont plus efficaces que nous. À 17 personnes, nous avons fait, en
une heure et demie, le même travail qu'un seul Nicaraguayen aurait mieux fait
en 6 heures. J'ai trouvé l'expérience réellement éprouvante et j'ai vraiment
réalisé à quel point la vie est difficile ici. Le pire dans tout cela, c'est
qu'un fermier d'ici gagne l'équivalent de 3 à 4 dollars par jour, alors qu'un
fermier du Québec peut en recevoir au moins 30 fois plus pour un travail fait
à l'aide de machineries lui facilitant la tâche. Finalement, je peux dire que
d'avoir expérimenté ce type d'ouvrage m'a fait réaliser qu'il n'est pas
offert à tous d'exercer un métier qui nous plait afin de nous procurer tout ce
que nous désirons de plus superficiel. Au Nicaragua, les gens prennent l'emploi
qui leur est disponible, quand ils réussissent à en trouver un, et ceci, afin
de survivre."
Joëlle a bien raison de parler de survivre. On ne peut pas utiliser le mot
"vivre" dans de telles conditions. Vous auriez du voir notre gang. Après
un repos suite à la marche (bien entendu, les Nicaraguayens ne se reposent pas
du seul fait de s'être rendus à leur travail à pied!!!), tout le monde
voulait mettre la main à la pâte pour commencer le travail: "C'est à mon
tour!" "Je veux essayer!"... Après 30 minutes de travail, on
entendait plutôt "Y a-t-il quelqu'un qui veut prendre ma place, je suis fatiguée..."
C'est dans ce genre de moment qu'on se demande toujours pourquoi nous n'avons
pas choisi plus de gars...
Retour en transport en commun : 20 personnes dans un boite de
"pick-up"! Émotions garanties! En bonus, on a vu notre premier
serpent, qui se sauvait à la course (!!!) devant un tel cortège.
En après-midi, nous avons eu droit à notre premier cours de danse folklorique.
Maxime et Christophe ont été à la hauteur de la réputation des gars du Québec
: pourris! Je crois même pouvoir affirmer que Simon Boisvert était moins pire
l'an passé, ce qui n'est pas peu dire!!! Une chance que François et moi étions
là pour relever le niveau. Quand est venu le temps d'une petite démonstration,
Odile, pourtant professeur de ballet, a dû se faire longtemps prier pour danser
avec Mauricio. Quand nous avons vu le résultat, nous avons compris pourquoi
elle hésitait. Reste dans le ballet, Odile... T'as le même talent que Sylvie
pour le folklore!
Ah, en passant, une petite nouvelle : Christina et Véronique ont changé de
famille au retour de La Calera... Disons que Filomena, chez qui elles étaient,
en plus de vivre seule, avait la frustration et le bougonnage faciles... Les
filles ont fait de beaux efforts, même les autres nicas du barrio les
trouvaient courageuses! Nous avons donc fait un transfert, et au retour de notre
avant-midi de travail à la finca, Jorge Ordenada (famille de Sarah et
Christelle il y a deux ans) les attendait au centre. Le premier contact a été
magique (après Filomena, on était sur que ça serait mieux!!!),
vous auriez du voir nos deux filles le sourire fendu jusqu'aux oreilles, un
enfant sur chaque genou, regarder d'autres enfants essayer de frapper la pignata
à l'occasion de la fête du deuxième de la famille, ce même soir.
Elles sont au paradis! Tellement heureuses que Christina a même terminé le
lavage de Maxime ce soir... Va falloir que je lui demande ses stratégies...
Après le cours de danse, nous avons eu droit à une conférence vraiment géniale
sur le travail dans les zones franches, avec Karla. Les zones franches, ce sont
ces endroits dans plusieurs pays ou des grandes entreprises, particulièrement
de vêtements (maquiladoras), peuvent s'installer sans avoir à respecter les
normes du travail en vigueur dans ces pays, pas plus que les normes
environnementales d'ailleurs. Karla a travaillé dans une des 18 entreprises de
la plus vieille zone franche du Nicaragua, près de l'aéroport de Managua. 3
000 employés, dont 2 500 femmes.
On y fait des jeans, dont plusieurs marques vendues chez nous. Heures supplémentaires
obligatoires, ça peut aller jusqu'à 48 heures de travail consécutives. Après
quoi on revient à la normale. Ça veut dire que si un travailleur finit un
chiffre de 48 heures à 10 heures le soir, il doit être
de retour à 7h00 le lendemain matin. Sinon il est congédié. J'oublie de dire
que les travailleurs, comme Karla, habitent parfois à plus d'une heure
d'autobus de la manufacture... Bruit infernal, poussière de tissu, violence
verbale et physique de la part des contremaîtres, ongles arrachés et doigts
coupés par les machines... Cancer de la peau causé par les produits chimiques
pour délaver les jeans, surdité à cause du bruit, maladies pulmonaires,
exploitation garantie. Chaque jour, de 1 000 à 1 500 personnes se présentent
à l'entrée de cette zone franche pour avoir un emploi. Pas
gênant de mettre quelqu'un à la porte, y a des remplaçants. Entre 7h00 et
17h15, heure régulière, la travailleuse a le droit d'aller aux toilettes une
fois l'avant-midi (gardien à la porte, qui peut devenir violent si ça prend
trop de temps) et 40 minutes pour dîner. Il n'y a qu'un seul temps pour dîner
pour les 3 000 travailleurs qui doivent tous aller à la cafétéria en même
temps... Les derniers à sortir n'ont pas le temps de manger, ils doivent
revenir au travail... J'en passe et j'en passe. Une fois le transport et la
nourriture payée, il ne reste plus grand chose du salaire pour le reste de la
famille...
Aujourd'hui, journée un peu plus tranquille. Temps d'observation de la vie dans
le barrio, retour et évaluation de groupe. Puis conférence sur la théologie
de la libération avec Santiago en après-midi. Pas de détails, faut pas vendre
les punchs pour les prochains candidats au projet. Désolé! On peu
juste dire que c'était génial, comme d'habitude!
Demain, nous passons la journée à Pikin Guerrero, sans y dormir. Jeudi, nous
allons jouer avec les enfants de la Quinta, un autre barrio, après quoi nous
aurons une conférence sur le Plan Puela Panama (traite de libre échange), puis
une visite dans une école primaire (les écoles secondaires sont fermées cette
semaine). Nous devrions probablement vous envoyer notre dernier courriel ce
soir-là. Il restera Managua le vendredi, Massaya (prison, volcan et marché) le
samedi, et Canada le dimanche... le fret... ouach!
Alors la-dessus, je vais me coucher, on part à 7h00 demain matin, on aura tout
juste le temps de manger notre pan dulce avant de partir! Et on a découvert le
pan de pina cette année... Écœurant!
Daniel
Et bien nous revoici!
Vous êtes probablement en train de lire notre dernier message de cette année.
En effet, il ne nous reste que deux jours au Nicaragua, et nous avons des activités
de prévues dans chacune des deux soirées. Les prochaines nouvelles seront
celles que vous entendrez de vive voix de notre part!
Hier, mercredi, nous sommes allés à la coopérative de Pikin Guerrero. Cette coopérative
a été mise sur pied un mois seulement après la victoire sandiniste de 1979.
Avec la loi sur la réforme agraire, les sandinistes ont dès leur première année
à la tête du pays redistribué les terres qu'exploitaient quelques riches propriétaires
à tous les paysans qui y travaillaient (qui y étaient exploités...). C'est de
cette manière que plus de 3 000 coopératives agricoles ont été mises sur
pied. Actuellement, il en reste moins de 200, et Pikin Guerrero est la seule
survivante de la région.
Aller à la Pikin, c'est un plongeon dans un univers
très sandiniste, ou tout le monde ou presque est convaincu de la victoire du
parti d'abord dans les élections municipales qui auront lieu dans tout le pays
le 7 novembre prochain, puis au niveau national deux ans plus tard. Nous avons
d'abord eu un échange avec Manuel, un des 32 associés de la coopérative, puis
nous avons fait la visite des différentes plantations : citrons, oranges,
bananes, ananas, pitaya, yuca, mangues, café, papayes...
La moitié des terres de la coopérative est divisée
en parts égales entre les associés, l'autre moitié est exploitée par tous au
profit de tous. Le fonctionnement est très bon, mais les paysans font face à
un problème majeur : le prix de vente des fruits et des légumes est tellement
bas partout au pays qu'ils réussissent à peine à couvrir leurs frais de
production. De telle sorte qu'ici aussi, on ne parle pas de vie, mais de survie.
C'est comme ça dans tout le pays. Mario, le président de la coopérative, chez
qui je logeais les deux dernières années, est venu nous rejoindre et nous a
longuement parlé de ces difficultés. Ce qui est frappant, chez lui comme chez
tous les autres, c'est que lorsqu'on aborde ces problèmes, jamais on ne sent le
ton de la lamentation, mais le désir de poursuivre la lutte pour qu'un jour les
gens puissent se sortir de la situation d'appauvrissement dans laquelle ils
sont. Maxime demandait à Mario ou ils puisaient cette force. Mario, qui a été
officier dans l'armée sandiniste, a répondu que pendant le règne sandiniste,
alors que la contra attaquait sans cesse partout dans le pays pour le déstabiliser,
lorsqu'un companero était sur le point de mourir, crible de balles, ses paroles
étaient toujours : seguimos adelante! Par en avant, poursuivons la lutte!
Patria libre o morir! Une force profondément enracinée dans le sang et le cœur
de ces petits paysans au courage inattaquable. Nous sommes ensuite allés dîner
deux par deux dans des familles. J'ai eu la joie de revoir Jairo, les anciens
des deux dernières années se souviennent sûrement de lui. C'est lui qui nous
faisait faire le tour de la coopérative. Jairo a terminé les études qui lui
permettent d'enseigner, il fait de la suppléance au primaire cette année (il préfère
les élèves de 4ième année) et il a espoir d'avoir un poste l'an prochain.
Je parlais du courage des gens... Malheureusement, les problèmes sont tels
qu'il peut parfois s'épuiser. Les jeunes de l'an passé se souviennent sûrement
de Efrain, responsable de la coopérative de Agua Agria, que nous avons visité
l'an passé. Il avait été une des figures marquantes de notre stage. Une des
paroles qui est revenue le plus souvent dans nos témoignages venait de lui :
"Mon espoir pour l'avenir est que d'ici quelques années, nous puissions
manger trois fois par jour."
Deux mois après que nous ayons visité Agua Agria,
Efrain s'est suicidé. De la trentaine de famille qui étaient à Agua Agria, il
n'en reste que 19, d'autres membres étant morts et d'autres encore partis pour
essayer de vivre un peu mieux ailleurs. La lutte pour obtenir l'eau courante,
qui avait été si longue et enfin récompensée il y a deux ans, est à
recommencer. L'eau n'arrive plus à Agua
Agria. C'est Richard, du groupe du CNDA, de retour de Agua Agria, qui nous a
appris tout cela. J'étais atterré... Pourquoi le malheur s'acharne-t-il autant
sur les mêmes personnes? Pourquoi nous est-il si facile d'ignorer ce que vivent
tant d'êtres humains? La planète ne pourra pas toujours tourner de cette façon,
ça n'a aucun sens...
Aujourd'hui, nous sommes allés jouer et faire sourire les enfants de la Quinta,
le quartier de Nandaime qui s'est construit suite à l'ouragan Mitch. Enfin une
petite bonne nouvelle, il n'y a plus de maison de plastique. Elles sont toutes
en bois ou en ciment... Mais je devrais faire attention à ce que je dis,
j'imagine ce que vous imaginez quand je dis "maison en bois ou en
ciment", et vous n'y êtes pas du tout. Pour la maison en bois, abandonnez
votre remise pendant 10 ou 20 ans, et la comparaison devrait être juste. Pour
celle en ciment, n'oubliez pas que ça ne concerne que quelques murs, que le
plancher est parfois encore en terre et que le toit de tôle permet de voir les étoiles
la nuit... et de laisser entrer la pluie et les moustiques. Pendant les jeux, je
demandais à une femme dans la quarantaine si elle se sentait bien ici. Elle m'a
répondu oui. Comme travail, elle va laver et repasser du linge dans une famille
plus aisée de Nandaime. Pour 10 cordobas par jour. Ça fait 90 cents. Au
salaire minimum, on fait ça en 9 minutes, chez nous...
Voyez-vous, c'est toujours comme ça. Lors de la conférence du professeur Noel
Gonzales qui a suivi, alors qu'on comparait les modes de vie au Canada et au
Nicaragua, est venue la question du coût de la vie qui n'est pas le même. M.
Gonzales nous a fait remarquer qu'il faut faire attention à ce qu'on met dans
le coût de la vie. Il a demandé aux jeunes quels sont ceux qui croyaient
qu'ils auraient une automobile un jour. Bien sûr, tout le monde a levé la
main. Cette auto fera parti du coût de la vie pour nous...
Et combien de jeunes, a-t-il enchaîné, croyez-vous, possèderont une
automobile au Nicaragua? Silence en guise de réponse. Ce qu'on appelle ici la
canista basica, le panier de base de 53 éléments (savon, huile, riz, etc.) qui
permet la SURVIE (encore ce mot...) coûte entre 120 et 150$ US par mois. Les
gens que nous côtoyons gagnent entre 10 et 30 cordobas par jour, donc entre 1
et 2$ US par jour. A 6 jours de travail par semaine, ça nous met à 50$ US par
mois maximum. On n'atteint même pas la moitié de ce que ça prend pour
survivre. Alors on fait quoi? Dans une des familles de nos jeunes, on a répondu
qu'on prend un pain (l'équivalent d'un petit pain à salade) et un café le
matin, on mange un peu de riz et de fèves au dîner, et on se couche tôt le
soir pour oublier qu'on n'a rien pour souper...
Bon, je sens que je commence à être déprimant. Pourtant, je ne fais que décrire
qu'une partie de ce que je vois, et je ne vois qu'une petite partie de la réalité.
Cette petite partie, qu'on ne voyait pas au début, parce que les gens sont
fiers et ne veulent pas nous parler de leurs problèmes, comme nous le faisons
aussi avec les étrangers. Mais à force d'être dans leur maison, la confiance
s'installe, on finit par faire partie de la famille, et la vraie vie reprend sa
place. L'accueil est toujours merveilleux, mais les difficultés reprennent leur
place, beaucoup de place. On commence à
comprendre.
Sur le plan de la santé, on croyait établir un nouveau record : pas de
tourista cette année. Zut, on a manqué notre coup. C'est à cause de la générosité
des gens de Pikin Guerrero, qui nous ont donné beaucoup d'oranges. Une fille de
notre gang (j'élimine donc deux candidats) a mangé des tonnes et des tonnes
d'oranges... et aujourd'hui, elle c... des tonnes et des tonnes de m... Immodium
avancé, tout est contrôlé au moment ou je vous écris. Bien sur, je vous
laisse deviner qui... Hi hi, vous ne le saurez pas avant que nous soyons de
retour au Québec.
Deuxième partie de la devinette, nous avons en fait
une gang de constipés cette année. Les menaces n'ont pas suffi, il a fallu
passer aux actes: LES SUPPOSITOIRES! J'en entends encore une dire: "C'est
ben gros ça!" Je lui ai répondu que ce n'était rien compare à ce qui
sortirait... Honnêtement, je crois que c'est la première année qu'on a si peu
de bobos dans le groupe. C'est la même chose pour la gang du CNDA.
Bon, je dois m'arrêter. Demain, nous allons donc à Managua, grosse journée.
Au retour, nous aurons un temps de réflexion et de célébration avec Santiago,
dans la maison de Nora. Samedi, nous allons à Massaya. Et samedi soir, nous
pleurerons... Puis nous serons avec vous. J'espère que le printemps sera hâtif....
Les jeunes disent qu'ils avaient promis de donner des nouvelles personnelles
pour que les parents ne s'inquiètent pas trop. Alors voila :
Marilou va bien.
Joanie va bien.
Audrey va bien.
Maxime va bien.
Catherine va bien.
Odile va bien.
Marie-Anne va bien.
Marie-Pierre va bien.
Christophe va bien.
Véronique va bien.
Joëlle va bien.
Lysanne va bien.
Gabrielle va bien.
Tania va bien.
Christina va bien.
François va bien.
Je vais bien.
Voila, les messages sont faits. Nous vous embrassons très fort. Les gens ici
sont très attachants, mais soyez rassurés, nous serons heureux de vous
retrouver.
Faites quand même attention à nous, ne nous bombardez pas trop de questions au
retour. Laissez-nous le temps de digérer, on parlera quand on sera prêt, donc
à des moments différents pour chacun.
Donc gros bisous.
A très bientôt!
Daniel
Au lendemain de notre retour au Québec, je prends un peu de temps pour vous parler de la fin de notre stage. Les parents et les ami-e-s les plus proches auront peut-être déjà entendu cela de la voix d’une (désolé, dans les gangs du Nic, le féminin l’emporte sur le masculin…) ou l’autre de nos stagiaires, mais pour les autres, ça permettra de boucler la boucle.
Et en passant, je tiens à remercier officiellement Roger Thibaudeau qui s’est chargé tout au long du stage de mettre nos messages et nos photos sur le site de l’école, en devant s’occuper de tous les accents des textes que je ne pouvais mettre à cause du clavier espagnol que j’utilisais.
Il me reste donc à vous parler de nos deux dernières journées au Nicaragua. Vendredi, c’était notre journée à Managua. Elle débutait par une visite à l’organisation Dos Generaciones (Deux Générations), qui travaille avec les enfants qui vivent DANS le dépotoir municipal. Déjà dans l’autobus qui nous emmenait à Managua, on sentait une certaine nervosité dans le groupe, les jeunes sachant que la journée serait difficile émotivement…
Eddy, qui travaille à Dos Generaciones depuis 6 ans, nous a accueilli et nous a expliqué son travail. Il y a près de 2,000 personnes qui vivent dans le dépotoir. Qui vivent… je m’excuse… Qui survivent… Non, l’expression n’est pas assez animale… Qui sont dans le dépotoir, comme des déchets vivants au cœur de la pourriture, des ordures de tous et des restes de la surconsommation des plus aisés. Ils se sentent comme des déchets et ils sont traités comme des déchets. Oubliés du monde parmi les plus appauvris. Dos Generaciones travaille avec 600 des enfants qui sont dans le dépotoir, dont 70% de la « population » a moins de 18 ans.
Des enfants qui se considèrent eux-mêmes comme des ordures donc. 365 jours par année, ils cherchent des déchets qui peuvent être recyclables (plastique, métal, etc.) et de la nourriture… Ils réussissent à manger grâce à ce qu’ils trouvent et avec l’argent qu’ils obtiennent de ceux qui leur achètent le matériel recyclable. Ça serait indécent de parler de salaire. Pour oublier la faim qui les tenaillent sans arrêt, la plupart des jeunes se droguent. Violence, agressions sexuelles, compétition pour avoir accès aux meilleurs camions de vidange (qui écrasent régulièrement ceux qui sont trop téméraires à leur approche), prostitution, drogue. Plusieurs enfants sont nés dans le dépotoir et y mourront, sans JAMAIS en sortir.
Dos Generaciones essaie de redonner de la dignité aux enfants. Essaie de leur faire comprendre qu’ils sont des êtres humains qui ont des droits, ce qui est très difficile, parce qu’ils n’y croient pas. École, ateliers d’arts, formation à des métiers manuels… Actuellement, 7 des enfants avec lesquels l’organisme travaille sont rendus à l’université. Des victoires, mais un travail colossal à faire. Responsabiliser le gouvernement et la société en général de cette situation : comment se fait-il qu’on la tolère.
En bus, sans en débarquer, parce que le vendredi, puisqu’il y a moins de camions qui viennent au dépotoir, le climat est plus tendu donc plus dangereux pour un groupe de blancs qui viennent voir ce qui se passe (avouez qu’on faisait assez voyeurs…), nous sommes donc allés dans ce dépotoir. Impossible de choisir des mots assez forts pour décrire. À un moment, plusieurs jeunes sont montés sur le toit du bus ou se sont accrochés à la petite échelle qui y mène. Un d’entre eux, pot de colle à la main, regardait les jeunes du groupe avec un regard vide, en sniffant… S’il y a des choses impossible à oublier dans une vie, ce moment en fait partie…
Nous sommes ensuite allés au site historique de l’ancienne résidence du dictateurs Somoza, là où on a érigé une très haute statue de Sandino. Une exposition photographique est maintenant présente sur les lieux, pour nous permettre de nous approprier l’histoire. Puis nous sommes allés au Metro Centro, un très beau centre d’achat où on trouve tous les articles nécessaires à notre mode de vie nord-américain, que les nicas de classe aisée ont adopté. Un ballon de soccer Nike à 37$ US, une table et six chaises de cuisine à 77 900 cordobas ($7 500 CAN), etc. On pensait en même temps au salaire de celles et ceux qui nous accueillent : de 10 à 30 cordobas par jour… La famille de Lidia s’est fait couper l’électricité pour une facture non payée de 90 cordobas pour le mois (moins de $9 CAN). D’ailleurs, les familles sont heureuses d’avoir maintenant l’électricité et l’eau courante, mais mangent moins pour pouvoir payer les factures… J’ai osé dire qu’elles sont heureuses?
Samedi. Je me résume, le temps file… La prison de Coyotepe. Impossible de savoir combien de sandinistes y ont été torturés et tués par la garde nationale. Le volcan de Masaya. Magnifique… Des sandinistes ont été lancés dans le cratère par la garde nationale. Même la nature nous parle de politique, de la soif de pouvoir de quelques-uns qui a aspiré la vie de milliers d’autres, comme encore aujourd’hui à trop d’endroits sur notre planète. Puis le marché, afin de pouvoir rapporter des petits souvenirs à celles et ceux qu’on aime. Vous auriez dû voir comment les jeunes se sentaient mal le matin, avec la « changeuse », de se retrouver avec autant de cordobas dans leur poches en échange de leurs dollars US. Et enfin, la lagune de Catarina, avec quelques musiciens qui nous ont joué Nicaragua Nicaragüita.
Dimanche 3h30 am. Nous chargeons le bus qui nous amène à l’aéroport. Deux magnifiques surprises : Julio et Rafael sont venus pour nous saluer. Julio est parti de la Calera en bicyclette à 3h00 pour venir nous souhaiter un bon retour. Pour nous sourire. Pour nous dire qu’il attendrait notre retour. Ils ne nous l’ont pas dit, mais je le sais, ils espèrent surtout que nous ne les oublieront pas…
Antonia se fait opérer à Managua cette semaine. Coût de l’opération : 7,000 cordobas. Un enfant d’une famille qui accueille des filles du CNDA est tombé d’un arbre. Un piquet de clôture lui est rentrer dans l’aisselle et est ressorti par le dessus de son épaule. Il est à l’hôpital de Granada. On ne sait pas encore comment ça va coûter…
Merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont fait parvenir leur don. Merci à toutes celles et tous ceux qui essaient de consommer de façon responsable, qui essaient de s’auto-limiter, et qui mettent 25¢ par jour dans un petit cochon. Des enfants, des femmes et des hommes extraordinaires vivent un peu mieux grâce à vous.
Merci de nous avoir appuyé dans notre projet. Maintenant, notre vrai voyage commence… Soyez patients avec nous, le processus de digestion est parfois long.
Daniel
Copyright esjn.nicaragua Dernière modification: 18 janv. 2006
|
|